7 nov. 2011

L'armure du Jakolass - Valérian vu par Manu Larcenet

De Manu Larcenet d'après Christin et Mézières
Histoire en 1 tome
Dargaud

Emulsion instable

D'un côté, l'eau. Un monument de la BD franco-belge dont les derniers tomes sont franchement poussifs mais qui ont eu le mérite de boucler l'histoire du fameux couple d'agents spatio-temporels.
De l'autre, l'huile. Dargaud utilise le principe des spin-off pour faire vivre la série. Premier à s'y coller, un auteur confirmé de la nouvelle vague avec cependant une condition annoncée que l'album ne soit pas une simple déclinaison, comme il y en a beaucoup, mais une « revisitation » originale dans le style propre de l'auteur. C'est le cas avec ce premier opus signé par Manu Larcenet, croisement improbable et hautement jubilatoire entre Les Oiseaux du maître et Bill Baroud.

Mais la mayonnaise ne prend pas. Il manque quelque chose, moutarde ou autre liant.
Formellement il n'y a rien à redire : le scénario est solide et propose une pirouette finale réussie, les dialogues sont de bon niveau et les dessins sont fouillés. Pas déplaisant mais les deux univers ne s'interconnectent pas. En fait, j'ai eu l'impression de lire un tome de la série Donjon, le grinçant en plus. Rien de nouveau donc. Juste un album agréable à lire ... comme il y en a beaucoup.





Lire la chronique de CoinBD pour une analyse proche ou le BD blog de Sud Ouest pour un avis jubilatoire.

Sylvain

6 nov. 2011

Les éditeurs lacheraient-ils les libraires ?


Les Echos n° 21050
du 02 Novembre 2011
 
Rentrée littéraire oblige, Les Echos viennent de publier plusieurs articles sur le marché du livre. La tonalité d'ensemble sur l'avenir des librairies indépendantes est assez morose.

Si l'assertion selon laquelle les prix littéraires ont un puissant effet multiplicateur sur les ventes (La carte et le territoire 490 000 ex., Les bienveillantes 615 000 ex.) est validée, la perte du monopole du support papier est désormais actéePrès du quart des livres de la rentrée est disponible en version numérique (contre 7% en 2009). 
Une montée en puissance qui s'accompagne d'un changement de stratégie des grands éditeurs français vis à vis des "titans américains du Net" (Amazon, Apple et Google). Symbole de ce revirement de situation, la présence d'Amazon à la remise du prix Goncourt. 
On est cependant loin de la lune de miel : Amazon vient de monter une structure d'édition aux USA et est mécontent des prix élevés des livres numériques fixé par les maisons d'édition (Aldus).


La bataille du numérique devient une réalité et les librairies vont en faire les frais.
La France a fait figure d'exception grâce à un maillage de librairies très dense associé à un prix unique du livre. Mais l'union sacrée d'hier entre éditeurs et libraires bat de l'aile pour laisser place au chacun pour soi. Or, dans cette guerre annoncées entre gros acteurs, les librairies indépendantes ne semblent pas de taille. 
Dans un marché atone dont 10% a été capté par l'e-commerce (FNAC et surtout Amazon), leurs faibles marges ne leur donnent que peu de possibilité d'action. Sur Internet, la notoriété sera un critère déterminant dans le choix du consommateur. Une situation anxiogène pour les petits éditeurs, qui craignent d'être désavantagés pour vendre leurs catalogues. « La visibilité sur Internet coûtera de plus en plus cher », observe Guy Delcourt.


Alliés inattendus, les opérateurs télécoms (Orange et SFR) qui ne veulent pas se voir cantonnés au simple rôle de pourvoyeurs de tuyau et qui s'associent aux librairies et aux éditeurs pour monter une plateforme commerciale. Les opérateurs télécoms géreront la bibliothèque, la technique et l'interface avec les lecteurs. Ils apporteront aussi leurs audiences. Les libraires, eux, se concentreront sur leur métier traditionnel de vendeurs de livres. Enfin, les éditeurs qui adhéreront apporteront leurs fichiers. Le projet est toutefois loin d'être abouti... Un dossier doit être déposé début novembre auprès de la commission du grand emprunt pour obtenir les 3 ou 5 millions nécessaires à des tests. Le lancement opérationnel, lui, n'aurait pas lieu avant la fin 2012. Dans le meilleur des cas...


La Kindle lancé en France le 14 octobre 2011 : le poids d'un livre de poche - TF1
Les éditeurs mettent donc plusieurs fers aux feu afin de laisser toutes les options ouvertes. Le point clé sera l'évolution de la consommation : le numérique va-t-il venir en additionnel (conquête de nouveaux lecteurs, ...) ou va-t-il cannibaliser le papier ? Réponse que les librairies n'ont pas intérêt à attendre avant de s'activer. Mais sont-elles encore maîtres de leur destin ?


Sylvain

5 nov. 2011

Les éditeurs préparent Noël

Six mois ont passé et la situation s'est complètement renversée : d'indigentes en début d'année les sorties des BD de référence sont désormais pléthoriques. Un déséquilibre qui suit le même schéma que celui l'année dernière et qui ne peut s'expliquer que par la volonté des éditeurs de se positionner sur les étales avant Noël
Réalité commerciale ou atavisme corporatiste ? Toujours est-il que cette guerre des best-sellers est peu propice aux découvertes d'oeuvres dénuées de notoriété : les libraires manquent et de place et de temps pour bien faire leur travail de prescripteur. Et pourquoi prendre le risque de recommander une BD inconnue alors que les valeurs sûres abondent ? De toutes façons, lecteur et son portefeuille ne peuvent plus raisonnablement suivre le rythme. 

Un constat partagé le magazine ZOO qui propose dans son numéro 35 (octobre-novembre 2011) un tour d'horizon varié et bien fait de cette avalanche. Une lecture qui m'a plus convaincue qu'en février et qui permet d'effectuer un passage en revue efficace des sorties.


Tout ça pour écrire que la pile du pied du lit n'arrête pas de monter : les 2 Thorgal, Valérian et Laureline par Larcenet, Habibi de Graig Thompson, Le tome 5 d'Il était une fois en France, Rupture tranquille de Terreur Graphique, et quelques bricoles sachant que le gros des sorties de novembre est encore à venir : Siefrid tome 3 d'Alice, le Tardi, Quai d'Orsay de Blain, Jérusalem de Guy Delisle, Sasmira Tome 2 de Vicomte (on ne l'attendait plus celui-là, isn't it Laurent C. ?), ....


Il va falloir se mettre à plusieurs pour tenir le blog à jour. Enfin j'me comprends.


Sylvain


Pour pour les amateurs de chiffres, l'années 2011 s'annonce encore plus riche en sorties que 2010. Extrait de la dernière suivi du marché par BDZoom (Gilles Ratier / Laurent Turpin) : "... total de 4416 nouveaux titres déjà parus depuis le début de l’année 2011 (dont 3266 véritables nouveautés, 838 rééditions, 244 recueils d’illustrations et 68 essais) contre 4237 en 2010 (dont 3214 véritables nouveautés, 718 rééditions, 241 recueils d’illustrations et 64 essais) : soit 67 ouvrages de plus !!!  Et ce n’est certainement qu’un début, vu ce qui est annoncé pour novembre…"

2 nov. 2011

L'univers de Thomas Mathieu

Hasard des recommandations des libraires, je me suis retrouvé en possession d'un petit format publié chez Delcourt : les Drague-misères de Thomas Mathieu. Et j'ai bien aimé. Humour grinçant, propos crus surfant entre misogynie, immaturité et sensibilité, un témoignage qui sonne souvent juste servi par un trait naïf. Pas le grand "wahoo!" mais un bouquin tout de même marquant qui n'a d'ailleurs pas laissé Laurent B. indifférent : "c'est bizarre. Comment tu as acheté ça ?".

Le temps a passé et est sorti Bimbos vs chatons tueurs dont je viens de lire les premières pages sur le site de Manolosanctis. Un délire que je n'achèterai pas mais qui s'appuie sur une énergie ainsi qu'un plaisir de raconter indéniables.

Hasard des liens, je me suis ensuite retrouvé sur le site très sympa de l'auteur. Un gros travail éditorial qui se dévoile au fil des clics : un blog régulièrement mis à jour et varié dans son contenu (exemple ci-après), une interview dessinée pleine de second degré et bien faite, un début d'autobiographie qui m'a beaucoup plue et qui se démarque du reste de la production de l'auteur, .... Un clic s'impose donc pour découvrir un talent encore cantonné à  un positionnement niche et segmentant mais qui pourrait s'épanouir dans les années à venir.


Les drague-misères : Macho la nuit du date



Sylvain

1 nov. 2011

Barcelone : les tapas, le rioja, Gaudi, le Barça, la plage ... et de bonnes BD !

Casa Batllo sur Diagonal
Retour de week-end très prolongé chez Hind et Laurent C. où nous avons été accueillis comme des rois. Une occasion comme on en a rarement, celle de découvrir une nouvelle ville tout en retrouvant un chez soi chaleureux dès que la fatigue se fait sentir. Un énorme merci à vous les amis.
Entre deux assassinats de saucissons, nous avons commencé à explorer Barcelone, une ville où il fait bon déambuler le nez en l'air tant les surprises architecturales sont nombreuses. Étonnant et beau à la fois. Ajoutez aux restaurants sympas, une soirée magique au stade Camp Nou durant laquelle le Barça et Messi ont fait briller les yeux de Julien (5-0 contre Majorque !), une journée en famille et en maillot à la plage de Sitges, de l'amitié, des rires, et vous avez des vacances top niveau. 
Cerise sur le gâteau, la collection de BD de haut vol de Laurent. Séries complètes et albums sélectionnés avec goût balayant tous les recoins du neuvième art. Une opportunité de revisiter des classiques et découvrir des oeuvres plus pointues.

La Brigade Chimérique (Gess, S. Lehman et F. Collin)

Mise en jambe avec la Brigade Chimérique que j'avais abandonné en cours de publication mais qui m'a agréablement surpris (tout particulièrement la chute). Conclusion de notre discussion avec Laurent : une histoire ambitieuse, érudite et intelligente mais inaboutie dans sa réalisation. Le foisonnement de bonnes idées nous semble mal contrôlé et trop dense, il méritait peut-être plus de pages pour s'épanouir.

Toujours côté comics, subrepticement glissé aux côtés de Sin City, Walking Dead et Transmetropolitan, se trouve No Hero. Un one shot scénarisé par W. Ellis et dessiné par J.J. Ryp dont l'extravagance et le graphisme m'ont rappelés Hard Boiled de F. Miller et G. Darrow avec néanmoins plusieurs puissances de gore et de malaise psychologique en plus. Intelligent et poussant la logique de la réflexion sans aucune concession : une claque parfaitement exécutée. Lecture recommandée donc, mais en prenant comme Laurent des précautions oratoires, il faut avoir le coeur bien accroché.

Petite pause détente avec la lecture des derniers tomes Sillage. Je n'accroche toujours pas à cette série de J.D. Morvan et P. Buchet.

Vient enfin le choc : Journal de Fabrice Neaud (Ego comme X). 
Cela fait un moment que je tourne autour suite aux recommandations enthousiastes de Par la bande dont le rédacteur Sebso tient aussi le site officiel de l'auteur. L'avis positif de Laurent a fini de me convaincre et c'est tant mieux : sensible, impeccablement écrit et graphiquement intelligent, ces premiers chapitres de journal intime sont assurément ce que j'ai lu de mieux dans le genre. Initié au début des années 90, je suis curieux de lire l'évolution de l'auteur aux fils des ans. Achat prévu début décembre à l'occasion de la réédition des tomes 1 et 2.  


Bref, j'ai passé de super vacances.
Merci les amis.

Sylvain