4 mars 2011

Marché français 2010 des biens culturels - Montée en puissance du numérique

Le marché 2010 des biens culturels est considéré comme ayant été stable en France par le cabinet GfK à 8,4 milliards d'euros. Les chiffres annoncés par secteur dans leur communiqué de presse "Entertainment 2010" donnent un montant plus élevé (9,2 milliards d'euros) mais permettent de bien situer les secteurs les uns par rapports aux autres. 


Dans leur globalité, les produits dématérialisés représentent un peu moins de 10% du chiffre d'affaire de l'Entertainment mais avec des niveaux d'avancement très variables selon les secteurs.
En effet, si la Video On Demand semble s'installer dans les foyers (39 millions de téléchargements) et les loisirs interactifs dématérialisés (jeux en ligne, ...) commencent à peser (400 millions d'euros soit l'équivalent du chiffre d'affaire de la BD), les téléchargements payants de musique ne parviennent pas à compenser la moindre consommation de CD. Ainsi, l'industrie du disque "arrive à un nouveau modèle économique qui sera composé d'une multitude de sources de revenus (streaming, sonneries, téléchargements, ...) pour remplacer le seul et unique CD ..." (Les Echos - G. Poussielgue - 25 janvier 2011). Une analyse partagée par OWNImusic dans l'article riches en exemples Dis moi comment tu vends ta musique, je te dirai qui tu est.

Quant au livre et à la BD, tout reste à faire en matière de numérique. Il est probable que le 31ème Salon du Livre de Paris (18-21 mars 2011) sera riche en chiffres et déclarations sur le sujet. Il est cependant probable que, comme pour la musique, plusieurs modèles co-existeront dans l'avenir.

Sylvain

3 mars 2011

100 cases de Maîtres, un art graphique, la bande dessinée

Sous la direction de Gilles Ciment et Thierry Groensteen
235 pages - format 30 cm x 30 cm
Editions de la Martinière - 49,90€

Un beau livre qui ne tient pas toutes ses promesses

Présentation de l'éditeur
100 images, par les plus grands dessinateurs du Neuvième Art. 100 cases de bande dessinée, arrachées à leur contexte, isolées, agrandies, commentées, célébrées comme des témoignages exemplaires de l'art du dessin narratif.


D'Alex Raymond à Alberto Breccia, d'André Franquin à Lorenzo Mattotti, de Winsor McCay à Shigeru Mizuki, d'Enki Bilal à Robert Crumb, la plupart des plus grandes signatures de la bande dessinée d'hier et d'aujourd'hui sont réunies pour un voyage prodigue en émerveillements, avec pour guides une dizaine de spécialistes réunis par Gilles Ciment et Thierry Groensteen.


100 cases de maîtres est un beau livre, agréable à parcourir, mais décevant car il n'assume pas pleinement son approche paradoxale de l'art séquentiel (= sortir une case de son contexte narratif). En témoigne d'ailleurs la conception par double page qui replace systématiquement la case extraite dans sa planche d'origine. On est loin de la radicalité conceptuelle annoncée.

L'introduction des deux coordinateurs du livre est aussi un peu frustrante : plus soucieuse de légitimer la place de la BD au sein du monde des Arts et de déminer les critiques d'experts, elle ne développe aucune réflexion propre. Une simple caution érudite pour un beau livre d'illustrations.


Certaines cases sont décevantes, l'intérêt des textes est variable et l'absence de certains auteurs peut surprendre (mon Tillieux, où est mon Tillieux ?!), néanmoins le panorama proposé est intéressant. Les pages dédiées à Alex Barbier, Breccia, Eisner, Marc Antoine Matthieu, Franquin et Burne Hogart ont tout particulièrement retenu mon attention.

Un beau livre donc mais qui passe à côté de son ambition. A consulter à la bibliothèque municipale.

Sylvain

23 févr. 2011

Largo Winch 2 - Le cinema européen intègre la culture mainstream

La forteresse de Makiling (T7)
La Larmes du tigre (T8)
Francq - Van Hamme - Dupuis 
L'une des marques de fabrique des aventures de Largo Winch est leur formatage : le lecteur sait ce qu'il achète et n'est que rarement déçu sans être pour autant transporté vers des sommets.  

Le deuxième film inspiré de la série suit la même logique. Il ne pioche qu'avec parcimonie dans le dityque birman original pour mieux coller aux codes actuels du cinéma grand spectacle. En cela, la critique des Inrocks est facile : "Ce n’est même plus un film, c’est un cahier des charges". Certes, Jérôme Salle est loin d'égaler Paul Greengrass (Green Zone, La vengeance dans la peau, ...) mais reprocher à un divertissement assumé de suivre les codes du genre est grandement banal. 

Largo Winch 2 est un film européen mainstrean qui n'a pas à rougir de la comparaison avec la plupart des films américains de budget équivalent (20 millions d'euros). Et c'est plutôt une bonne nouvelle dans un contexte où les exportations culturelles européennes chutent de 10% chaque année (la situation étant l'inverse pour les États Unis selon le très intéressant article de Réjane Ereau Mais où est passée la culture européenne - OWNI).  

Pour autant, le film est loin d'être exceptionnel. Correct sans plus alors qu'il pouvait certainement faire mieux. La notation tant des critiques que des spectateurs sur Allociné est de 3/5, avis auquel je me rallie tout à fait.
Globalement efficace le film s'égare de manière un peu incongrue sur le terrain du sentimentalisme romantique en son milieu. En partie la faute à un levier scénaristique très encombrant ajouté à l'univers de la BD (cf. commentaires). Par ailleurs, certaines scènes d'action sont rendues confuses par des mouvements de caméra convulsifs. Comme me le disait Clément, on en arrive à se demander si l'on a pas oublié les lunettes 3D. 
Les seconds rôles sont globalement réussis, comme par exemple le majordome joué par Nicolas Vaude et bien évidemment Alexandre Jung porté par Laurent Terzieff. Simon Ovronnaz est sympathique mais franchement léger par rapport à son avatar papier.


Commercialement, le film démarre encore mieux que le premier opus qui avait frôlé les 2 millions d'entrées en salle. Avec 475 000 spectateurs en première semaine, il se positionne en deuxième place derrière Rien à déclarer (992 000 entrées dans la même semaine et 5.6 millions en cumulé - sources Excessif) dont l'adaptation papier est aussi en tête du Top 15 des ventes BD de la semaine (BDzoom). Pas vraiment de la culture mainstream pour le coup !
Sylvain

21 févr. 2011

Adamson - Du fantastique victorien top niveau



Über Alles - Troisième tome de la série Adamson (Veys / Puerta) - Delcourt

Londres 1913. Alors que les prémices de la première guerre mondiale agitent l'Europe, Henry Adamson est un aventurier que le désoeuvrement plonge dans une profonde dépression. Au bord du suicide, il reçoit une offre du gouvernement britannique aussi folle qu'inespérée : prendre la tête d'une expédition militaire pour franchir une porte invisible menant vers une autre dimension.


Mariage parfait du trait et du scénario, Adamson captive tout aussi bien par son onirisme graphique que pour son scénario parfaitement agencé. Le dessin faussement hyperréaliste de Puerta maximalise l'atmosphère de mystère "lovecraftienne" tout en évitant l'écueil fréquent de ce type de traitement graphique : éloigner le lecteur du récit par une trop grande théatralisation type roman-photo. Le travail des couleurs est magnifique mais les planches en noir et blanc ne manquent pas d'intérêt (cf. blog de l'auteur). 


Pierre Veys signe un scénario pour le moins différent de ses principales productions (Baker Street, Philip et Francis, Rien à Déclarer, ...). Très réussie et aboutie, l'intrigue se développe sur plusieurs fronts avec une grande clarté. Riche en surprises et rebondissements, elle ne laisse peu de temps mort. Seule exception, les planches 8, 9 et 10 de ce troisième tome qui paraissent plus chargées en texte et trop explicatives mais il faut croire que leur contenu est d'importance pour la suite. 


Bref, j'aime Adamson et cela risque de surprendre Lorenzo qui me sait peu porté sur ce type de récit. C'est vrai d'habitude sauf que là c'est drôlement bien.
La série est aussi recommandée par le magazine ZOO.

Sylvain

19 févr. 2011

ZOO - Magazine BD pratique et gentiment critique

Avec 120 000 exemplaires annoncés, ZOO est le premier magazine BD en France. Contre-partie positive d'une maquette un peu fourmillante, ce gratuit permet de passer rapidement en revue les sorties du moment. 
Les critiques d'albums sont synthétiques mais paraissent dans l'ensemble moins insicives que celles des payants dBD et Casemate (tirés entre 20 000 et 30 000 exemplaires). D'où la question : est-il possible à ce mensuel d'être critique alors que la publicité est son unique source de revenu ? Il faut donc partir du principe que les albums non présentés ne sont vraiment pas recommandables et que les BD ne bénécifiant pas d'un avis positif affirmé ne sont qu'à peine lisibles.
Pour celles et ceux qui voudraient se faire une opinion ou tout simplement suivre les sorties de février, le dernier numéro est consultable en ligne ci-après. Personnellement, rien n'a réellement retenu mon attention, hormis Adamson que j'attendais avec une certaine impatience. Les nouveautés BD des mois de janvier et février 2011 sont bien ternes, non ?


Le petit reportage réalisé par Un monde de bulles sur le magazine donne une image très "rédaction de salon" sans apporter de véritables informations. Sympathique,mais un peu léger sur ce coup là. 


Sylvain