8 févr. 2011

Paul à Québec - Million Dollar Papy

De Michel Rabagliati
Histoire complète (180 pages - Noir et Blanc)
Editions La Pastèque

Une BD qui secoue son homme

La vie d'une famille québécoise confrontée au cancer et à l'accompagnement de la fin de vie du jeune grand-père.

Les titres de la série de Michel Rabagliati (Paul à la campagne, Paul à un travail d'été, Paul à la pèche, ...) ne sont pas sans évoquer la série enfantine des Martine mais leur contenu est cependant d'une toute autre teneur. C'est en particulier le cas de ce dernier tome qui, je dois l'avouer, m'a cueilli.
Vierge de toute information concernant le scénario, je me suis laissé porter par le premier tiers de l'album qui pose les personnages et la vie heureuse d'une famille québecoise. Rien d'extraordinaire ni de très prenant à ce stade. Gentillet. Et puis le récit bascule avec l'annonce du cancer du pancréas et l'inecductabilité de la mort rapprochée du grand père. Les planches gagnent alors sérieusement en densité sans rien perdre de leur délicatesse. Le choc est similaire à celui procuré par le film Million Dollar Baby de Clint Eastwood avec cependant une grande nuance : la fin est beaucoup moins noire, la famille et le malade parvenant à gérer la situation d'une manière remarquable.


Vendue à plus de 100 000 exemplaires et allant faire l'objet d'une adaptation cinématographique, Paul à Québec est une oeuvre forte et poignante. A lire en étant cependant informé du contenu.

Sylvain

6 févr. 2011

Apprenti - Mémoires d'avant-guerre

De Bruno Loth
Histoire complète - 90 pages (couleur)
La boîte à bulles - 17€

Beau témoignage plein d'humanité

Bruno Loth met en image la sortie d'adolescence de son père qui a quitté l'école à 16 ans en 1935 pour travailler au chantier naval de Bordeaux afin d'aider financièrement ses parents.

Le trait classique est relevé par une mise en couleur plutôt audacieuse qui joue sur les contrastes entre des gris/bleus dominants et des éclats de couleurs chaudes. Le résultat visuel est agréable d'autant que le découpage est dynamique. Néanmoins, Apprenti mérite plus le détour pour la valeur du témoignage apporté que pour pour sa performance graphique.


Sans manichéisme et tout en neutralité, les différents aspects de la vie d'un jeune garçon de l'époque sont déroulés. Une opportunité agréable de se rafraîchir la mémoire sur le Front Populaire.

Apprenti apparaît comme un complément aux oeuvres engagées que sont Le Combat Ordinaire de Larcenet et Un Homme Est Mort de Davodeau. Ainsi, la solidarité ouvrière n'y est pas magnifiée et la lutte des  classes y est présente sans être centrale. Les ouvriers boivent et bizutent les apprentis, la sous-préfète est une cruche, les jeunes garçons vont au bordel pour se faire dépuceler et flirtent gentiment avec les filles de leur âge, le jeune ingénieur est un prétentieux qui n'attire aucune confiance ni sympathie, ..., la vie telle qu'elle était/est.

Au final, on s'interroge sur le devenir du jeune Jacques, ouvrier engagé et idéaliste féru de littérature et de dessin. Comment a-t-il évolué et quel regard porte-t-il sur le monde de l'après-guerre ?

Dans l'atonie et la globale platitude des sorties BD du mois de janvier 2011, Apprenti est une biographie enrichissante et intéressante à découvrir.

Sylvain

3 févr. 2011

8comix - Jérôme Jouvray va bien au fond des choses

Le site 8comix propose depuis mi-janvier des BD gratuites mises en ligne par épisodes. Une expérimentation conduite par un groupe d'auteurs professionnels pour acquérir de l'expérience sur le marché naissant du livre numérique.   

Parmi les 9 titres disponibles, Le fond des choses me plaît particulièrement. 
Jérôme Jouvray y aborde, via quelques circonvolutions, une expérience médicale marquante. Les premières planche sont très réussies : drôles, gorgées de second degré et justes de ton. Elles abordent  le thème délicat de l'intime dans la relation patient / médecin. Cliquez-y !





Portugal de Cyril Pedrosa semble aussi bien parti. Je prends plaisir à retrouver l'atmosphère et la sensibilité "pedrosienne" de Trois Ombres. Par contre, le nombre d'épisodes en ligne étant limité à cinq par l'auteur, il est préférable de ne pas tarder à monter dans le train pour bien saisir la mise en place de l'histoire. Raccrocher les wagons plus tard s'annonce compliqué.


Autres oeuvres sympathiques à feuilleter sur le site : José à l'humour "trondheimien" et L'ïle aux cent mille morts.


Bonne lecture.


Sylvain

2 févr. 2011

La Balade de Yaya - Sympathique histoire enfantine

De Jean-Marie Omont et Golo Zhao
Tome 1 (La Fugue) - Couleur
Editions FEI - 8,5 euros


1937. Yaya, petite fille gâtée de la bourgeoisie shanghaienne, fait fi des consignes paternelles et s'élance seule dans la ville assiégée pour passer son concours de piano. Un bombardement la ramera brutalement à la réalité et un garçon des rues providentiel lui laissera l'espoir de pouvoir retrouver les siens. 




Servie par de belles images douces à la tonalité manga, l'histoire est bien menée, sans temps mort. Elle s'appuie plus sur des ressorts dramatiques que drolatiques mais reste bien équilibrée. Pour l'avoir testée, elle plaît aux enfants. Pas le coup de foudre mais un agréable moment de lecture.


Après les solides enquêtes du Juge Bao, Les Editions Fei semblent donc résolument privilégier la qualité à la quantité : La balade de Yaya s'annonce comme une saga enfantine prometteuse.
Le beau site Catsuka ainsi que la FNAC reflète bien l'appréciation positive que suscite l'album auprès des critiques. 

A noter qu'une exposition itinérante dans un bus des années 30 a été montée autour de la création de la série. Arrêt demain à Paris dans la librairie Boulevard des Bulles (50 bd St Germain) pour une séance de dédicace à partir de 16:00 ( Chongrui Nie et Patrick Marty (pour Juge Bao) ainsi que Jean-Marie Omont et Golo Zhao (pour La Balade de Yaya). 


Merci à maman K. pour cette découverte.

Sylvain

1 févr. 2011

Angoulême 2011 - Revue de presse buissonnière

Le 38ème Festival International de la Bande Dessinée vient de fermer ses portes.  Le bulles se dégonflent, les langues se délient et les derniers articles tombent. Bilan.


Succès populaire et médiatique synonyme de pérennité ?
Le nombre total de visiteurs est annoncé stable (autour de 200 000), avec cependant une nette augmentation de la fréquentation des expositions et des restaurants. Une belle caisse de résonance pour les 6000 professionnels réunis pour un "écho médiatique sans précédent" (800 journalistes, 2 ministres, l'ambassadeur des Etats Unis et quelques "people").

Les sourires sont d'autant plus grands que le festival ressort renforcé dans sa dimension internationale grâce aux expositions cosmopolites, aux albums primés et au Grand Prix donné à l'américain Art Spiegelman (NouvelObs et Le Point). En ligne de mire, de nouveaux partenariats potentiels pour la filière image charentaise et plus de visibilité pour la BD franco-belge.

Le festival s'ouvre aussi de plus en plus au cinéma. Une tendance de fond illustrée cette année avec Tron, Largo Winch II et L'élève Ducobu et un planning de sortie conséquent pour 2011 (Titeuf, Le chat du rabbin, les stroumpfs et Tintin, sans parler des comics). Somme toute très cohérent avec l'existence du pôle image numérique d'Angoulême.

Seule ombre au tableau, les relations tendues entre l'organisation du festival (9e Art+) et le Musée de la BD (CIBDI) qui peuvent avoir une incidence sur le financement des prochaines éditions. Selon La Charentes Libre, pas d'entente entre les deux structures, pas d'argent de la part du Conseil Général. Forcément compliqué sachant que, de plus, les participations financières de la FNAC et de la SNCF doivent être rediscutées pour les années à venir. La situation semble néanmoins moins compliquée que pour l'édition 2010 que le maire d'Angoulême avait mis en péril.


Très bon mandat du Président Baru
Unanimement salué pour sa présidence et son engagement, Baru a réussi à dynamiser le festival tout en restant fidèle à ces valeurs. Définitivement un grand Monsieur qui s'est visiblement fait plaisir. En prime, il est parvenu à faire éditer par le FIBD sa propre compilation de vieux rocks (R'n R Antédiluvien).



Anecdote : canular à la belge
Judith Forest - 1h25, dont Les Inrockuptibles avaient salué l'autobiographie "pudique et caustique" serait une très rentable mystification selon Le Point
La suite du premier opus est annoncée et l'éditeur d'expliquer : "Judith Forest n'existe pas. Celle qui est passée à la télévision et répondait aux interviews, nous l'avons choisie comme pour un casting afin qu'elle puisse correspondre au personnage de 1 h 25. Un ou une véritable auteur se cache bien derrière Judith Forest, mais ce qu'il faut retenir de Momon, c'est la réflexion sur l'authenticité, sur ce qu'est une autobiographie en bande dessinée." 



Palmarès 2011: un prescripteur de premier choix
Les lauréats de l'année sont à la fois exigeants et accessibles. De quoi satisfaire tout le monde, y compris les libraires qui pourront pour une fois conseiller au plus grand nombre les ouvrages primés.
Certes, comme Les Inrocks,  on peut regretter l'absence de Quai d'Orsay de Blain et de Nine Antico (Girls don't cry et Coney Island Baby) mais il faut bien trancher. 

Un dilemme très bien expliqué par le bel article J'étais juré à Angoulême (Télérama) dans lequel J.C. Loiseau assume totalement le palmarès : "On y voit distingués de jeunes voire de très jeunes auteurs, sans que, pas une seconde, au cours des débats, ce choix générationnel ait été posé comme tel. Une vérité s’est, en somme, imposée d’elle-même : ce palmarès mitonné à sept, en toute liberté (merci Baru !), reflète très bien l’état actuel de la création. Une « ébullition » est à l’œuvre, une relève extrêmement douée est entrée en piste, la bande dessinée a un bel avenir. Au moins sur le plan créatif."

Remarque, le Grand Prix prive les albums récompensés de lumière. Pourquoi ne pas décerner les Fauves au début de Festival pour les laisser s'épanouir, comme le pratique le salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, et garder le point d'orgue du grand prix pour le dimanche ?


Le numérique s'efface devant le papier ... le temps du festival
La BD numérique semble s'être faite discrète durant le festival comme le souligne ITRnews : "Le frein semble être mis sur le développement numérique. .... Comme pour montrer que la FNAC principal acteur économique de la chaine de la BD et sponsor du festival avec la SNCF, avait plus à perdre qu’à gagner du développement d’IZNEO ou de DIGIBIDI."

Une thèse cohérente avec la déclaration de Patrick Béhar en novembre 2010 : "Avec une perspective de 20 % du marché du livre passé au numérique en 2015, l'ensemble de l'écosystème va être touché, et les libraires vont souffrir. Le livre numérique remet le lecteur au centre du dispositif et lui donne un rôle de prescripteur via les réseaux sociaux.


Quelques ateliers donc, petite communication d'Aquafas autour de leur logiciel de numérisation Comic Composer mais certainement beaucoup de bruissements en coulisse comme en témoigne la photo ci-contre. 

Au coeur des débats, les droits que les auteurs voudraient voir renégociés pour le numérique. Un thème abordé par Frédéric Mitterrand : "... la question aujourd'hui est de savoir comment la BD va être transmise sur la toile, comment défendre, avec Internet, les intérêts des auteurs." Pas de solution pour l'instant.

Profitant de ce vide, Thomas Cadène du site Les autres gens a fait feu de tout bois (TF1Actualitté, ...).



A noter tout de même, un long  et riche article du Figaro qui dresse un bilan intéressant de la lecture de BD sur iPad. Suit une petite interview de Régis Habert (DG d'IZNEO). Extrait choisi :
  • "Lirons-nous un nouveau type d'albums?
  • Un jour peut-être, mais ce n'est pas la direction que nous suivons pour l'instant. Les contrats éditoriaux ne permettent qu'une reproduction homothétique des planches, rien de plus. Izneo n'effectue donc aucun travail éditorial, et se contente de mettre en place la tuyauterie pour rendre les albums disponibles. Redécouper un album requiert un contrat nouveau, ou l'acquisition d'une licence, et repose sur une économie différente, avec de nouveaux investissements."
BD homothétique, BD numérisée, BD numérique, ... la guerre des mots est lancée.

Sylvain